Le parcours de Mahamat-Saleh Abdoulaye est guidé par un engagement précoce et constant autour des enjeux écologiques. Dès le collège (à Chevreuse, dans les Yvelines), par le biais de la classe association Eddsicae (Éducation au développement durable à la solidarité internationale et à la culture africaine et européenne), sa prise de conscience est nourrie par des projets scientifiques concrets comme la Fête de la science, la construction d’un hôtel à insectes ou l’introduction de moutons pour l’entretien d’espaces verts. À la surprise de ses professeurs, ce bon élève ne choisit pas la filière générale scientifique au lycée, mais la voie technologique STI2D, qu’il suit dans un lycée privé, son lycée de secteur ne la proposant pas.
Un pro de l’alternance
Un quiz de l’Onisep (portail national pour l’orientation) conduit le jeune bachelier « mention très bien » à choisir le DUT Génie thermique et énergie (devenu le BUT Métiers de la transition et de l'efficacité énergétiques) à l’Université d’Orléans, « pour travailler comme conseiller info-énergie, afin d’aider les particuliers à améliorer les performances énergétiques de leur bâtiment ».
La 2e année s’effectue en alternance, ce qui permet au jeune homme, arrivé du Tchad à l’âge de 16 ans, « de ne plus être une charge financière » pour sa famille d’accueil française. C’est donc à Caen, chez Eiffage Énergie Systèmes (entreprise de conception et de maintenance des systèmes d’énergie), qu’il fait ses premiers pas en tant que technicien d’études de prix. C’est aussi là qu’on lui conseille de poursuivre son cursus en école d’ingénieurs pour espérer y être embauché.
S’ensuivent trois années à l’INSA Rouen-Normandie, dans la filière génie énergétique… en alternance, bien sûr ! Un rythme soutenu, se souvient-il : « On doit faire en un mois le programme que font les autres en un mois et demi, puisqu’on est le reste du temps en entreprise. »
Un travail d’utilité publique
L’occasion cette fois de découvrir le secteur public, au sein de la Communauté urbaine du Havre. « J’ai apprécié accompagner des personnes et voir leur satisfaction une fois les travaux de performance énergétique terminés. » A contrario, chez Eiffage, « lorsqu’on répondait à un appel d’offres et que l’on n’était pas retenus, j’avais le sentiment de travailler dans le vide ».
Le hic du public : « Les choses vont moins vite, il y a une certaine inertie due à l’arbre de décision. Alors que si on a une idée novatrice dans le privé, on est encouragé à la mettre en application assez rapidement ! »
Mahamat-Saleh Abdoulaye décroche son diplôme d’ingénieur en 2021, mais il ressent une « dissonance cognitive » entre son envie d’un travail à forte utilité sociale et « le manque de formation à la citoyenneté dans les études scientifiques ». Cet accro du vélo décide d’élargir son parcours vers la philosophie pour mieux appréhender les enjeux sociétaux et environnementaux.
La philosophie pour penser le rôle de l’entreprise
Lui qui a lu beaucoup d’ouvrages de sociologie et de philosophie en parallèle de ses études postule alors avec succès en master 2 de philo, spécialité éthique, écologie et développement durable, à l’Université Jean-Moulin Lyon 3 : « Le diplôme d’ingénieur est un bon passeport qui permet d’aller un peu partout ! » Ce master professionnel inclut un stage : il passe six mois comme assistant ingénieur bâtiment durable chez GSE, qui accompagne les projets immobiliers d’entreprises.
Son employeur souhaitait l’embaucher, mais sa curiosité le pousse à creuser toujours plus en profondeur : Mahamat-Saleh Abdoulaye veut se lancer dans un cursus de doctorat. Qu’à cela ne tienne, un compromis est trouvé sur un sujet de thèse en lien avec les missions proposées. Son doctorat s’inscrit dans un contrat Cifre (Convention industrielle de formation par la recherche), combinant recherche académique (avec l'Institut de philosophie de Grenoble, au sein de l’Université Grenoble Alpes) et travail en entreprise, en l’occurrence un poste de chargé de missions économie circulaire chez GSE. Son travail de recherche explore le rôle et la légitimité de l’entreprise dans la société.
Aux jeunes qui s’interrogent sur leur avenir, il conseille de prendre le temps de réfléchir à ce qu’ils ont envie de faire :
« Une école, ce n’est pas qu’une filière d’études, c’est aussi une culture, avec son propre rapport au monde, une manière particulière d’approcher les divers enjeux de notre société. »
Lui-même envisage, une fois sa thèse finie et tout en gardant un pied sur le terrain, de revenir dans les écoles d’ingénieurs avec sa casquette de philosophe « pour porter les enjeux de la transition socio-écologique via les sciences humaines et sociales » qui lui tiennent à cœur. Une mission utile s’il en est.
Portrait publié en avril 2026
Le site web du Groupe INSA recense toutes les spécialités proposées par chaque école du Groupe INSA. Au total, ce sont plus de 80 spécialités réparties dans sept grands domaines disciplinaires.