Il y a quelques temps, à l’occasion d’un déménagement, Matthieu Galais a rouvert ses cours de physique de l’INSA Toulouse : « J’ai halluciné devant la complexité de ce que j’apprenais à l’époque ! Je ne comprenais plus rien », s’amuse le directeur général de Roche pour la Tunisie et la Libye. Présent depuis soixante-dix ans sur le continent africain, le groupe pharmaceutique Roche (fondé en 1896 à Bâle) se veut « un partenaire pour permettre l’accès à tous à des soins de qualité de manière pérenne », expose le directeur.
Multidisciplinarité et coopération
Matthieu Galais éprouve de la gratitude envers son école d’ingénieurs, qui lui appris la multidisciplinarité : « Pour apporter des solutions aux problématiques très complexes d’aujourd’hui, que ce soit sur la santé, le changement climatique ou les questions géopolitiques… il faut travailler ensemble, on ne peut pas y arriver tout seul, chacun dans son silo. »
Dans le poste qu’il occupe à Tunis depuis décembre 2025, après trois ans à Casablanca (Maroc), et trois ans à Kinshasa (République démocratique du Congo), ses problématiques sont celles d’un secteur de la santé en pleine mutation. Avec deux défis majeurs à relever : le vieillissement de la population et la transition épidémiologique des maladies transmissibles (hépatites, VIH, etc.) vers des maladies non transmissibles (cancers, diabète, etc.).
« Il s’agit d’innover pour intervenir de plus en plus tôt, dépister précocement, diagnostiquer précisément, étudier comment la digitalisation peut aider à monitorer, comment l’intelligence artificielle peut analyser les imageries médicales… », énumère-t-il.
Pour Matthieu Galais, l’innovation en santé ne se limite pas aux traitements : elle repose aussi sur la capacité des différents acteurs du système de santé à travailler ensemble de manière durable. « En Afrique du Nord comme ailleurs, les enjeux de santé deviennent de plus en plus complexes. Il faut créer des passerelles entre les expertises médicales, technologiques, institutionnelles et humaines pour construire des solutions qui aient un impact concret et durable pour les patients », souligne-t-il.
Lier l’informatique et la santé
Cette orientation vers les nouvelles technologies s’est faite progressivement. Ses premières années dans l’entreprise, Matthieu Galais les passe à Bâle (Suisse), dans des fonctions transversales faisant le lien entre les filiales du groupe. Une forme de « leadership collaboratif ».
En 2012, il devient responsable de la gestion du portefeuille des projets digitaux pour les zones Europe, Moyen-Orient et Afrique. Peu de temps après émerge l’approche Scrum, une méthodologie de gestion de projet agile qui le passionne. « Cela a révolutionné notre façon de travailler et d'interagir avec nos partenaires », pointe-t-il. En 2019, il part pour Casablanca afin de prendre la responsabilité de la transformation digitale de Roche en Afrique.
Fait amusant : son stage de fin de 4e année à l’INSA Toulouse était, contre toute attente, un avant-goût de ses futures fonctions. « Je n’avais pas trouvé de stage à l’international, car mon niveau d’anglais à l’époque n’était pas au top, j’avais beaucoup de mal à passer les entretiens. Finalement, un prof de physique de l’école m’a trouvé, ainsi qu’à deux copains, un stage au Canada, à London, en Ontario. » Ledit stage s’effectue dans un centre de recherche contre le cancer, où il travaille sur l’autonomisation d’un banc de mesure pour voir l’intérieur des tissus.
« Je pensais que ce stage, dans ce secteur très particulier, était une perte de temps… et en réalité ça correspond à ce que je fais aujourd’hui ! »
Le centre de recherche étant situé à plus de trois quarts d’heure de bus de son logement, l’étudiant met à profit ses heures de transport pour améliorer son anglais. « J’avais acheté un carnet, et chaque jour j’apprenais dix mots d’anglais, en révisant tout depuis le début à chaque fois. Au bout de quatre mois de stage, je parlais relativement bien anglais ! »
Audit et conseils
De fait, il n’a pas de difficulté à passer l’entretien en anglais chez Accenture, à Paris, lorsqu’il sort diplômé de l’INSA Toulouse en 1999. « Les cabinets de conseil recrutaient massivement à l’époque. Cela me plaisait de travailler de façon multidisciplinaire, de faire le pont entre différents métiers.» Huit ans plus tard, après avoir travaillé pour des grands comptes comme Orange ou Airbus, il passe du côté client. « Ayant des origines suisses, je regardais du côté des entreprises là-bas, et Roche cherchait justement un profil comme le mien. »
De ses expériences professionnelles, il tire quelques conseils à destination des futurs ingénieurs : parler à différents experts, nourrir sa curiosité, trouver du sens à ce que l’on fait, avoir une bonne méthode de travail (« architecturer ses projets »). Quant au leadership collaboratif, cela lui vient de ses années d’étudiant : « la dynamique associative, que ce soit dans le club de musique ou à l’aumônerie de l’INSA Toulouse, m’a permis de prendre des responsabilités, d’avoir un impact sur le monde, à mon échelle. »
Le jeune homme très studieux, trésorier du club de musique, garde un souvenir ému du piano acheté à l’INSA de Toulouse grâce à des fonds récoltés lors de concerts et une contribution de l’école. « On mettait le piano sur des roulettes puis on le transportait à travers le campus jusqu’à l’auditorium ! » Le début d’un parcours sans fausse note.
Portrait publié en juin 2026
Le site web du Groupe INSA recense toutes les spécialités proposées par chaque école du Groupe INSA. Au total, ce sont plus de 80 spécialités réparties dans sept grands domaines disciplinaires.